Interview | Epsor, la start-up qui transforme l’épargne salariale


Aurexia a rencontré Julien Niquet, le co-fondateur d’Epsor, plateforme d’épargne salariale en ligne créée en 2019. Epsor est le premier acteur innovant français profitant entre autre des opportunités offertes par la loi Pacte. Nous avons interrogé Julien sur la place des Fintechs face à l’évolution du marché et du cadre réglementaire encadrant l’épargne salariale. Il nous livre aujourd’hui une analyse fine et pertinente des grands enjeux des prochaines années pour l’épargne salariale

En quelques mots, pouvez-vous nous expliquer à quel besoin répond Epsor ?

Epsor est le nouvel acteur incontournable de l’épargne salariale et retraite. Le constat est simple : 1 salarié sur 2 déclare ne pas savoir gérer son épargne. Epsor offre une solution simple, transparente et performante. Nous accompagnons les entreprises dans la mise en place et la gestion des campagnes d’intéressement et de participation ou dans la mise en place de complémentaires retraite. Les salariés bénéficient d’un conseil personnalisé selon leurs projets. Ils ont la possibilité de se laisser guider dans leurs choix d’investissement, avec l’accès à des supports de placement sélectionnés par Epsor.

Pouvez-vous rappeler à nos lecteurs l’histoire de votre projet, de la genèse à aujourd’hui ?

Epsor est née de ma rencontre avec Benjamin Pedrini chez Société Générale. C’est la conjonction d’une amitié forte, d’une envie commune d’entreprendre et d’une idée un peu soudaine. Nous cherchions un moyen d’apporter une solution d’épargne plus simple, de démocratiser l’accès au conseil financier, d’apporter de la pédagogie sur un sujet qui en manque beaucoup. L’idée de l’épargne salariale et retraite est alors apparue. Une offre poussiéreuse, un marché concentré, un utilisateur final (le salarié) assez délaissé, un produit financier opaque, tous les ingrédients étaient au rendez-vous.

De l’idée du projet, nous avons travaillé longuement pour développer un produit, avec un volet technologique et un volet financier. Sur le premier pan, nous avons rencontré Julien Murgey avec qui nous nous sommes associés pour construire la plateforme à destination des entreprises et des épargnants. C’était très nouveau pour nous, partir d’une feuille blanche, c’était à la fois passionnant et vertigineux.



Sur le second pan, nous avons fait le choix d’agréger des expertises existantes auprès de partenaires reconnus pour leur solidité, très importante quand on parle d’épargne. Ainsi nous avons construit pendant plus d’un an un partenariat avec Société Générale, notre teneur de compte, pour brancher nos systèmes d’information et process. En parallèle nous avons travaillé avec des sociétés de gestion pour construire une offre de placements attractive pour les entreprises.



Ceci nous conduit à l’été 2018. Depuis, et après deux levées de fonds successives (novembre 2018 pour 1,3 MEUR – juillet 2019 pour 6 MEUR), nous avons recruté plus de 50 personnes, équipé un nombre toujours croissant d’entreprises et de salariés, développé de nouvelles fonctionnalités pour toujours mieux services nos clients.

Quel rôle a joué la Loi Pacte dans la création d’Epsor ?

Nous avons débuté l’aventure Epsor en mars 2017, avant l’élection d’Emmanuel Macron en tant que Président de la République et le lancement du projet de loi Pacte. Mais il est vrai que la loi Pacte a été pour nous un très bon terreau : des évolutions réglementaires favorables, une médiatisation de l’épargne salariale et retraite, l’opportunité de prendre la parole.

Avez-vous rencontré des obstacles (réglementaire, financier…) au lancement de votre activité ?​

L’épargne salariale est un métier réglementé où la présence d’un teneur de comptes est indispensable. En tant que jeune pousse, Epsor n’avait pas les capacités financières, capitalistiques et techniques pour tenir ce rôle et a souhaité s’appuyer sur une expertise reconnue pour construire son offre. Epsor n’aurait pas pu voir le jour sans la confiance que Société Générale lui a accordée, et ce dès les premiers échanges. Sur le plan financier, l’aventure entrepreneuriale est loin du confort d’un grand Groupe que Benjamin et moi avions connu. Nous avons eu la chance sur ce sujet d’être très bien accompagnés, d’abord à Angers avec Angers Technopole et Bpifrance, qui nous ont guidés et aidés dans les premiers mois de l’aventure. Ensuite, une fois l’offre construite et les premiers clients convaincus, nous avons rapidement convaincu des investisseurs de qualité (Partech, Blackfin) qui ont donné les moyens de nos ambitions.

Comment l’épargne salariale a-t-elle évoluée ces dernières décennies ? Quel accueil avez-vous obtenu de la part de la place ?

Le marché de l’épargne salariale a honnêtement peu évolué ces dernières années. Il s’agit d’un marché très concentré (les 3 premiers acteurs représentent près de 75% du marché). La proposition de valeur est relativement homogène entre tous les acteurs bancaires de la place :

• Une offre de gestion financière maison : la banque propose les supports de placement gérés par sa société de gestion interne

• Un service aux salariés se limitant à un portail pour faire, seul, ses choix d’affectation des primes de participation et d’intéressement, quand ceux-ci ne se font pas en papier

Les plateformes internet ont évolué au gré des années, mais sans innovation marquante pour les épargnants. Sauf pour les leaders, l’épargne salariale et retraite est souvent une offre très périphérique de la relation bancaire avec l’entreprise. Beaucoup d’acteurs ont sous-investi dans le service proposé à leurs clients.

Quels liens avez-vous avec les sociétés de gestion ?

Nous sélectionnons en toute indépendance les fonds que nous référençons au sein de nos plans d’épargne, sur la base de différents critères de performance, de gouvernance, de transparence, de responsabilité sociale et environnementale, etc. Nous sommes ensuite liés par un contrat de distribution avec les sociétés de gestion.

Vous avez noué des partenariats notamment avec Société Générale. Pourquoi un tel choix ?

Société générale est en effet un acteur majeur de la Tenue de Compte en Epargne Salariale depuis sa création ; en tant qu’établissement de crédit, Société Générale bénéficie de l’agrément AMF nécessaire  à l’accomplissement de la fonction de Teneur de Compte. Grâce à son fonds de commerce existant, Société Générale bénéficie, chaque année, d’une forte capacité d’investissement, lui permettant ainsi de gérer les évolutions réglementaires comme il se doit, d’assurer la sécurité des systèmes, tout en continuant de proposer des innovations. Cela dit, le métier de teneur de comptes conservateur est lourd et coûteux en infrastructure IT. La croissance potentielle d’Epsor est un moyen d’amortir les investissements nécessaires au modèle économique. Finalement, on retrouve des intérêts alignés pour les deux acteurs : plus Epsor se développe, plus l’activité de tenue de compte de la Société Générale est importante.

Comment envisagez-vous l’évolution d’Epsor pour les prochaines années ? Nouveaux services ? Nouveaux partenariats ? Nouvelles solutions d’épargne ?

Nous envisageons les prochaines années avec beaucoup d’optimisme et de belles perspectives. Même post Covid-19, nous sommes convaincus que nos points forts sont particulièrement importants : le conseil personnalisé aux salariés, l’accès à des experts, une offre de placements compétitive et performante. Pour développer notre solution B2B et ouvrir de nouveaux services B2C (en projet), nous resterons dans une approche de partenariats en allant chercher les expertises là où elles sont, à la fois chez des acteurs historiques ou des acteurs innovants. Une chose est sûre, le respect de critères RSE au coeur de nos démarches de sélection, de façon croissante et drastique. C’est à la fois un souhait profond en tant qu’entrepreneurs mais aussi une vraie attente de nos épargnants et salarié